Pourquoi tant de violence en France?

De la colère des gilets jaunes aux horreurs du terrorisme, comment expliquer la violence des français ?

La France est un pays particulièrement violent. Oui, chez nous il n’y a pas de guerre, pas de school shootings comme aux Etats-Unis, pas de milices terroristes comme en Afrique de l’Ouest, pas de tueries entre cartels de la drogue comme au Mexique, et pourtant force est de constater que ces dernières années des épisodes glaçants de violence se sont enchaînés dans l’Hexagone.

Pour en citer quelques-uns : les attaques terroristes presque bimestriels de 2015 à 2018 principalement revendiquées par l’état islamique, les affrontements et destructions en marge des manifestations des gilets jaunes, du côté des protestants comme de celui des policiers utilisant des armes de type LBD critiquées par l’Organisation des Nations Unies, les actes anti-sémites en forte hausse cette année, tout comme les attaques homophobes, les agressions sexuelles dans la rue, sans même parler de la montée de l’islamophobie et de ses dérives. Sur de nombreux fronts, le pays essuie actuellement une hausse des comportements violents.

“L’incendie est devenu un outil banal de manifestation, de colère mais aussi de joie” écrit un journaliste du monde. Le phénomène bien français des voitures brûlées de la Saint Sylvestre fait chaque année les titres des journaux à travers le monde. Source

La violence en France : reflet d’un monde en transition ou cas à part ?

On pourrait se dire que la France n’est qu’un pays parmi d’autres dans ce mouvement mondial qui se traduit par un repli communautaire, une hostilité envers ceux perçus comme une minorité envahissante, une montée des extrêmes droites, du nationalisme et du populisme… Et c’est vrai.

Avec des leaders populistes tels que Donald Trump aux Etats-Unis, Jair Bolsonaro au Brésil, Narendra Modi en Inde, Rodrigo Duterte aux Philippines, Recep Erdogan en Turquie et ceux de nos voisins européens en Italie, en Pologne, en Hongrie, en République Tchèque ou encore le Brexit aux Royaume Uni, le monde entier connait une période de repli identitaire, réponse à une mondialisation incontrôlée pour les uns, menace d’un nouveau conflit mondial majeur pour d’autres.

Cependant, cela ne suffit pas à expliquer les différentes formes de violence en France. En effet, un aperçu des indices mondiaux permet de mesurer les problèmes de violence du pays. La France, 6ème économie mondiale en 2018 en terme de PIB nominal selon le FMI, ne se retrouve que 24ème en terme d’Indice de Développement Humain (IDH) selon l’ONU, avec néanmoins une honorable 5ème position selon le nouvel indice des Nations Unis, le SDG index.

Mon indice préféré pour mesurer le développement, moins connu que l’IDH, est l’Indice du Progrès Social (SPI) créé par une organisation internationale à but non lucratif. Visuel et détaillé, ce classement en trois grandes composantes (Besoin humain de base, fondations du bien-être et opportunité) apporte une vision globale des problèmes majeurs d’un pays.

Ajusté au PIB par habitant, la France se classe donc 23ème des sondages, loin derrière sa position de 6ème plus puissante économie. Les points rouges indiquent les critères pour lesquels le pays se trouve bien en dessous d’autres pays au rang similaire au sien. Parmi les points faibles, on peut ainsi relever :

  • Sécurité personnelle (taux d’homicide, assassinats politiques et perception de la criminalité) ;
  • Liberté religieuse ;
  • Droits de propriété des femmes ;
  • Discrimination et violence contre les minorités.

Ainsi, la France pèche en terme de développement à cause de problèmes de sécurité tant réels que ressentis, de violence, de discrimination et de liberté des femmes et religieuse.

(Pour ceux et celles intéressé.e.s, voici le lien vers la page d’accueil du site du SPI.)

Un indice de plus pour admettre les problèmes de la France : l’indice de la paix mondiale ou GPI (Global Peace Index) créé par un institut de recherche australien qui mesure la tranquillité des pays du monde (voir ce lien pour le détail des critères). En 2018, la France se classe 61ème, soit trente rangs plus bas qu’en 2011. Elle est devancée par la Roumanie (24), l’Uruguay (37), le Ghana (41), l’Indonésie (55) et tant d’autres pays des cinq continents. Les résultats sont influencés par les quelques 300 armes nucléaires possédées par la France et par ses exportations d’armes qui font actuellement parler d’elles pour leur utilisation dans la guerre du Yémen. Cependant, le rapport GPI 2018 souligne aussi la montée du nationalisme et le terrorisme comme deux facteurs responsables de ce piètre classement.

Ainsi, on se doit de l’admettre, la France a un réel problème avec la violence.

Manifestation des gilets jaunes qui tourne mal, Paris, Novembre 2018. Source

Les Raisons de la Colère

Le mouvement des gilets jaunes s’est embrasé au moment de l’annonce de la hausse de la taxe carbone quelques mois après la suppression de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), une série de mesure qui enragea tout particulièrement la classe défavorisée rurale. Si cette taxe fut l’étincelle qui mit le feu aux poudres, elle n’aurait pas était suffisante s’il n’y avait déjà un climat propice à la violence. Je n’ose pas prétendre pouvoir analyser mon pays comme un sociologue ou anthropologue, mais j’ai collecté ces quelques facteurs qui favorisent peut-être la violence en France.

Inégalités sociales

Certes la France est loin d’être le pire pays en terme d’inégalités, mais quand notre propre devise contient le mot ÉGALITÉ, on comprend que ce thème nous tienne à cœur.

L’indice des inégalités d’Oxfam classe la France ainsi :

  • 8ème au classement général ;
  • 3ème en terme de dépenses sociales ;
  • 22ème en terme de taxation ;
  • 16ème en terme de protection des travailleurs.
La France est-elle bonne en terme d’égalité ? Oui. Peut-elle faire mieux ? Certainement. Source

L’ONG explique aussi que ce classement fut décidé avant la suppression de l’ISF et risquait d’être revu à la baisse dans les années à venir. On comprend ainsi que la France doit travailler sur son système de taxation afin de redistribuer plus équitablement les richesses et financer ses services publiques, services apparemment en disparition ces dernières décennies dans les zones périphériques. On peut penser aux petites lignes de trains et voies routières, aux hôpitaux et cliniques ou encore aux structures de représentations locales.

(Pour ceux intéressés par l’indice Gini qui évalue les inégalités différemment et se montre moins flatteur pour la France, le lien ici.)

La démocratie représentative en question

Les dernières élections européennes l’ont confirmé, le parti La République En Marche (LREM) ne fédère pas une majorité des français. Avec un score de 22% pour une participation de 50%, on comprend que seulement 10% des français ont soutenu le parti du Président Macron. De plus, le parti n’est arrivé qu’en 3ème position parmi les quelques 40% de jeunes (18–25 ans) qui se sont rendus aux urnes, après le parti des Verts (EELV) et le RN, ancien FN.

Réagissant aux soucis de Grand Débat National instauré par le Président pour répondre à la colère des gilets jaunes mais critiqué sur tous les fronts pour son manquement aux règles d’un actuel débat, la directrice du think tank “Décider Ensemble” note deux impressions qui reviennent souvent parmi les gilets jaunes :

  • Celle d’être dans un climat de mauvaise représentation où les élus font des choix bons pour eux plutôt que pour le peuple ; et
  • Celle dite de “post-démocratie” qui perçoit les élus comme soumis aux sphères économiques, en particulier au monde de la finance, et les instances supranational telles que l’UE, l’ONU, le FMI etc…

Bien sûr, chacun peut avoir son opinion sur ses sujets, et considérer par exemple les points positifs des sphères de pouvoir autres que les branches législatives, exécutives et juridiques françaises. Aussi, je ne suis pas qualifié pour dire si ces impressions sont véridiques ou non. Une chose reste sûre, c’est que beaucoup de gilets jaunes dénoncent une déconnexion entre les politiques et le peuple.

Quelles solutions donc ? Plus de participation à la politique, notamment avec la création d’un Référendum d’Initiative Populaire (RIP ou Citoyenne, RIC), mesure phare demandée dans les rues qui inspira l’assouplissement du Référendum d’Initiative Partagée en avril 2019 ? Ou bien faut-il plus d’éducation sur le système politique et sur l’Europe ? Créer le vote obligatoire aux élections ? Ou bien décentraliser le pouvoir national dans les régions et les cantons afin que les citoyens puissent avoir un véritable impact sur les décisions autour d’eux ?

De grands chantiers semblent nécessaires pour apaiser les gilets jaunes, et derrière eux une large partie des français déçus par la politique actuelle.

La figure de l’homme fort

Après m’être risqué à une analyse sociale, je veux aussi tenter une analyse culturelle. Au regard des profils des présidents français, on peut dresser le portrait d’un bon candidat aux élections présidentielles. Mises à part des qualités indiscutablement nécessaires comme de l’intelligence et de l’éloquence, celui-ci doit également être un homme fort, confiant et fier.

Puis en 2017 vint au pouvoir en Nouvelle Zélande la Première Ministre Jacinda Ardern. Plus jeune femme à la tête d’un état dans le monde, Ardern a fait parlé d’elle pour avoir amené son bébé de 3 mois à l’assemblée des Nations Unis l’an passé, mais surtout pour sa réaction très touchante aux attentats de Christchurch en mars 2019

Une photo de Kirk Hargreaves qui a fait le tour du monde au lendemain de l’attentat.

Ecouter parler la première ministre néo-zélandaise, c’est entrevoir une autre vision de la politique. Dans un entretien, celle-ci dénonce la culture du culte de la personnalité en politique, et surtout rajoute une qualité à celles nécessaires pour diriger : la gentillesse. Cette vidéo du Guardian illustre bien la différence dans son style oratoire avec le Président américain, ce qui en dit long je pense sur leur manière respective d’appréhender la politique.

On peut se demander : aurait-on besoin de leaders féminins pour mettre fin au climat de violence en France ? Peut-être. Certains pensent que les sociétés matriarcales présentent bien des avantages sur les sociétés patriarcales, et les femmes sur les hommes dans notre société moderne. Mais plus certainement, davantage de gentillesse, de compassion, d’humanisme de la part des représentants d’états, hommes ou femmes, pourrait aider à rétablir un climat paisible plutôt que de conflit.

Répondre à la violence par la violence

Le philosophe Slavoj Žižek, réputé pour avoir des accents étranges sur ses Z, mais surtout pour son livre intitulé Violence, expose dans celui-ci trois types de violence. De celle la plus évidente à celle la plus complexe, il y a :

  • La violence subjective. C’est la plus visible. C’est le terrorisme, le meurtre, les agressions, les destructions matérielles…
  • La violence symbolique. C’est la violence dans le langage. L’incitation à la violence, le maintien des rapports de forces par le choix des mots, la manière de présenter les choses, notamment dans les médias.
  • La violence systémique. C’est la violence invisible, latente. La violence inhérente à notre vie normale, celle de l’institutionnalisation des discriminations, des inégalités.

Prenez le terrorisme. A chaque attentat, on décrit dans les détails sa violence, on combat les idéologies islamistes prônées par l’EI et on déjoue les réseaux de radicalisation, mais on s’attaque finalement peu à ce dernier niveau de violence, la violence systémique.

Un épisode de l’émission radio ‘Invisibilia’ offre une approche alternative au combat contre l’état islamique expérimentée par des policiers danois. Plutôt que de confronter avec hostilité des jeunes musulmans partis en Syrie ou suspectés d’être liés à l’état islamique, ces policiers ont pris le temps de les écouter et de leur offrir de l’aide, pour aller à l’hôpital, pour avoir recourt aux services sociaux adaptés, pour trouver du travail, un appartement, pour retourner à l’école. Les policiers ont aussi connectés ces jeunes à un mentor, lui aussi musulman et danois, mais plus âgé, qui a son tour a cherché à les aider et à leur montrer d’autres modèles de vie ouverts à eux. Le but derrière tout se soutien : que ces jeunes cessent de se sentir étranger, discriminés dans leur pays. Et jusqu’à présent les résultats se sont révélés probants.

L’exemple de ces policiers au Danemark éclaire le succès de traitement de la violence à son niveau systémique. Ces jeunes radicalisés souffraient du racisme, de la discrimination, de la stigmatisation, du manque d’opportunités offertes à leur communauté, d’inégalités sociales également, et en essayant de traiter tous ces problèmes à la source, le programme des policiers a permis de les reconnecter avec leur pays et de leur insuffler de nouveaux espoirs d’avenir. La bienveillance et l’inclusion a vaincu.

La violence sur Internet, en particulier contre les femmes, une forme nouvelle et encore peu réprimandée de violence. Source

Conclusion

Il y a tant de manifestations et d’origines de la violence. N’étant pas un expert dans le domaine, je ne veux pas oser conclure que A, B et C sont les raisons de la violence en France et X, Y et Z ses solutions, mais simplement ouvrir le sujet au travers de cet article. Je pense que mon article a exposé une idée cependant : la non-résolution de la violence systémique attise la violence subjective.

Tous les jours on s’énerve pour une raison quelconque, alors que la veille on s’était promis.e d’être plus calme, de faire preuve de compassion comme préconisé par le Dalai Lama. Pourtant, peu sont convaincu.e.s que la violence devrait être à la base de notre société et de nos relations. Nous voulons tous un monde moins violent. Pour cela, la gentillesse, le respect, la bienveillance et la compassion sont autant de qualités que nous pouvons tous tenter de cultiver en nous.

Reste ensuite la résolution des problèmes d’inégalités et de souffrance qui nous dépassent. Pour faire face à cela, nous pouvons espérer et voter pour des représentants équipés de ces qualités, et tenter d’apporter notre pierre à l’édifice, ne serait-ce qu’en réfléchissant sur le racisme inconscient, en donnant à des ONG, en s’engageant contre la discrimination…

En terme de conclusion, je termine avec ces conseils pour rester zen directement tirés du site WikiHow et intitulés “Comment se calmer quand on est en colère : 18 étapes” :

  • “Comptez jusqu’à 10.”
  • “Respirez pour vous détendre immédiatement.”
  • “Retirez-vous de la situation qui vous contrarie.”
  • “Riez.”
  • “Écoutez une musique relaxante.”
  • “Réalisez une activité physique.”
  • “Essayez de pratiquer le « RAAN ».”
  • “Méditez.”
  • “Évitez la caféine et le sucre.”

Et la liste continue ! Aussi, si vous êtes tout le temps en colère, cela peut valoir la peine d’en parler avec des amis puis peut-être avec un.e psychologue pour en trouver les racines. Peace!

Liberal Art Master student, I write my small answers to the big issues that obsess me in politics, development, literature, art, LGBTQ, …

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